1929 : la chute de 11% qui fait craindre une nouvelle Grande Dépression

1929 : la chute de 11% qui fait craindre une nouvelle Grande Dépression

Le 24 octobre 1929, la Bourse de New York s'effondrait, marquant le début d'une décennie de crise économique mondiale. Cette période a vu des millions perdre leurs économies et la production industrielle s'effondrer.


Pourquoi les économistes craignent la dépression

Jeudi noir, 24 octobre 1929. La panique s’empare de la Bourse de New York. Les investisseurs vendent frénétiquement leurs actions. Le Dow Jones Industrial Average a chuté de 11 % dès l’ouverture. Cette journée a marqué le début d’une spirale descendante implacable.

Ce krach n’était pas un événement isolé. Il a marqué le début de la Grande Dépression. Cette période économique dévastatrice a frappé les États-Unis et une grande partie du monde pendant une décennie. Le chômage a grimpé en flèche. La production industrielle s’est effondrée. Des millions de personnes ont perdu leurs économies et leurs maisons. Les économistes et les décideurs politiques se souviennent encore de cette époque et s’efforcent d’éviter qu’une telle catastrophe ne se reproduise.

Une dépression économique est un ralentissement grave et prolongé. Elle est bien plus grave qu’une récession. Une dépression se caractérise par une chute substantielle du produit intérieur brut (PIB), généralement de plus de 10 %. Les taux de chômage deviennent très élevés, dépassant parfois les 20 %. Elle s’accompagne souvent d’une déflation significative. Cette situation désastreuse peut durer plusieurs années.

Une récession, par contraste, est une contraction économique plus modérée et plus courte. Elle se caractérise généralement par deux trimestres consécutifs de croissance négative du PIB. Le chômage augmente mais reste généralement inférieur à 10 %. La plupart des ralentissements économiques survenus après la Seconde Guerre mondiale ont été des récessions, et non des dépressions. Les décideurs politiques ont su tirer les leçons du passé.

Partout dans le monde, les décideurs politiques s’efforcent désormais activement d’éviter de tels effondrements catastrophiques. Les banques centrales et les gouvernements utilisent des outils budgétaires et monétaires. Leur objectif est de stabiliser les marchés et de soutenir l’emploi. Grâce à cet effort persistant, la dépression est devenue une crainte rare, mais toujours présente.

2008 : un quasi-désastre et de nouveaux modèles

Le 15 septembre 2008, la banque d’investissement historique Lehman Brothers a déclaré faillite. Son effondrement a provoqué une onde de choc dans le système financier mondial. Les marchés du crédit se sont instantanément figés. La panique s’est propagée des salles de conseil de Wall Street jusqu’aux entreprises de Main Street.

Beaucoup craignaient une répétition de la Grande Dépression. L’économie mondiale était au bord du gouffre. Ben Bernanke, alors président de la Réserve fédérale américaine, avait étudié en profondeur la crise des années 1930. Il connaissait les dangers de l’inaction. Il a agi de manière décisive pour fournir des liquidités aux banques et empêcher un effondrement généralisé.

Partout dans le monde, les gouvernements ont lancé d’énormes plans de relance. Les États-Unis ont adopté le Troubled Asset Relief Program (TARP). Les pays européens ont recapitalisé leurs banques. Ces actions coordonnées ont permis d’éviter un effondrement financier mondial et, par là même, une nouvelle dépression.

On Black Thursday, October 24, 1929, panic gripped the New York Stock Exchange as investors frantica

Le Jeudi noir, 24 octobre 1929, la panique s'est emparée de la Bourse de New York alors que les investisseurs vendaient frénétiquement leurs actions, provoquant une chute de 11 % du Dow Jones Industrial Average dès l'ouverture et marquant le début de la Grande Dépression. (Source : store.nytimes.com)

Cette période est devenue connue sous le nom de Grande Récession. Elle fut le ralentissement économique le plus grave depuis les années 1930. Le chômage américain a culminé à 10 % en octobre 2009. Le PIB a diminué de 4,3 % entre son pic et son point le plus bas, selon le Bureau of Economic Analysis. De nombreux économistes, dont Kenneth Rogoff de l’Université Harvard, ont soutenu que la reprise avait été lente, citant les niveaux d’endettement élevés comme principale raison.

L’expérience de 2008 a montré la fragilité des modèles économiques dominants. Beaucoup n’ont pas réussi à prédire l’effondrement du marché immobilier. Ils ont sous-estimé l’interconnexion de la finance mondiale. Cela a conduit les économistes à repenser la manière dont ils prévoient et identifient les risques systémiques. Cela a également mené à des réglementations financières plus strictes.

COVID-19 : nouvelles menaces, réponses rapides

En mars 2020, le monde est entré dans une période de confinement sans précédent. La pandémie de COVID-19 a contraint les entreprises à fermer et les chaînes d’approvisionnement à l’arrêt. Ce choc était différent. Il a combiné une crise de santé publique et un arrêt économique immédiat.

Les prévisions initiales étaient sombres. Le Fonds monétaire international (FMI) a projeté une contraction mondiale de 3,3 % pour 2020, comme l’a déclaré sa directrice générale, Kristalina Georgieva. Les gouvernements et les banques centrales ont réagi avec une rapidité et une ampleur sans précédent. Ils ont lancé des interventions budgétaires et monétaires massives.

Le Congrès américain a adopté le CARES Act, un plan de relance de 2 200 milliards de dollars. La Banque centrale européenne (BCE) a étendu ses programmes d’achat d’actifs. Sa présidente, Christine Lagarde, s’est engagée à faire “tout ce qu’il faut” pour soutenir l’économie de la zone euro. La Réserve fédérale, sous la direction de son président Jerome Powell, a réduit ses taux d’intérêt à près de zéro et a acheté des milliers de milliards de dollars d’obligations.

Ces mesures ont atténué le choc économique. Elles ont apporté un soutien aux revenus de millions de personnes. Elles ont permis de maintenir les entreprises à flot. L’économie mondiale a évité une dépression profonde et prolongée. Elle a plutôt connu un ralentissement marqué, mais de durée relativement courte.

Mais ces interventions massives ont eu un coût. La dette publique mondiale a explosé. De nombreuses économies ont été confrontées à des goulots d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement. La demande a rebondi rapidement, dépassant souvent l’offre. Cela a provoqué une hausse de l’inflation, un problème auquel les décideurs politiques n’avaient pas été confrontés depuis plusieurs décennies.

Pics d’inflation : la réaction des banques centrales

En juin 2022, l’indice des prix à la consommation (IPC) américain a atteint 9,1 %. Il s’agissait d’un sommet en 40 ans. L’inflation a fait rage dans l’ensemble des économies développées. Les banques centrales, après avoir maintenu les taux d’intérêt bas pendant des années, ont relevé agressivement leurs taux. Leur objectif : freiner la demande et faire baisser les prix.

In March 2020, the world entered an unprecedented global lockdown, forcing businesses to close and s

En mars 2020, le monde est entré dans un confinement mondial sans précédent, forçant les entreprises à fermer et les chaînes d'approvisionnement à l'arrêt. Cet événement unique a combiné une crise de santé publique et un arrêt économique immédiat, conduisant à des rues et des espaces publics déserts dans le monde entier. (Source : istockphoto.com)

La Réserve fédérale a relevé son taux d’intérêt directeur onze fois de mars 2022 à juillet 2023. Ce qui a poussé le taux des fonds fédéraux à un sommet en 22 ans, entre 5,25 % et 5,50 %. La Banque centrale européenne a également relevé ses taux à un rythme sans précédent. Ces actions visaient un “atterrissage en douceur”, ralentir l’économie sans déclencher une récession profonde.

De nombreux économistes ont mis en garde contre une issue plus difficile. Nouriel Roubini, économiste à l’Université de New York, est connu pour avoir prédit la crise de 2008. Il a mis en garde contre une “dépression stagflationniste”. Il a mis en avant l’inflation élevée, la croissance lente et l’endettement croissant. S’exprimant fin 2022, Roubini a soutenu que les banques centrales ne pouvaient pas lutter contre l’inflation sans provoquer un grave ralentissement.

Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase, a également tiré la sonnette d’alarme. Il a évoqué un “ouragan économique” à la mi-2022. Il a mis en évidence la guerre en Ukraine, l’inflation croissante et le resserrement monétaire agressif comme des risques majeurs. Ces avertissements ont révélé des préoccupations croissantes quant aux conséquences imprévues des hausses de taux rapides.

Les marchés obligataires ont également montré des signes de problèmes. La courbe des rendements s’est inversée à plusieurs reprises. Cela signifie que les obligations à court terme offraient un rendement supérieur à celles à long terme. Historiquement, une courbe des rendements inversée précède souvent les récessions. Ces indicateurs ont alimenté les craintes des analystes quant à l’imminence d’un grave ralentissement, voire d’une dépression.

Risques futurs : dette, vieillissement de la population et démondialisation

En 2022, la dette publique mondiale a atteint un niveau alarmant de 92 % du PIB, selon le Fonds monétaire international. Ce chiffre représente 92 000 milliards de dollars. Il s’agit d’une augmentation significative par rapport aux niveaux d’avant la pandémie. Les lourdes charges d’endettement limitent la marge de manœuvre des gouvernements pour réagir aux crises futures. La hausse des taux d’intérêt rend le service de cette dette plus coûteux.

Des économistes comme Carmen Reinhart, ancienne de la Banque mondiale, ont étudié en profondeur l’histoire des crises financières. Son travail avec Kenneth Rogoff, “This Time Is Different”, met en lumière les dangers d’un endettement excessif. Ils soutiennent qu’un endettement élevé entraîne souvent une croissance plus lente et rend les économies plus vulnérables aux chocs.

Au-delà de la dette, les changements démographiques posent un défi à long terme. Les grandes économies, y compris le Japon, la Chine et une grande partie de l’Europe, sont confrontées à des populations vieillissantes. Les taux de natalité sont en baisse. La population en âge de travailler se réduit. Cela réduit la croissance de la population active et exerce une pression sur les systèmes de sécurité sociale. Cela ralentit également la croissance économique. La Division de la population des Nations Unies prévoit un déclin constant de la population en âge de travailler dans de nombreux pays développés.

Nouriel Roubini, a New York University economist dubbed 'Dr. Doom' for his accurate prediction of th

Nouriel Roubini, économiste à l'Université de New York, surnommé « Dr. Doom » pour sa prédiction précise de la crise financière de 2008, a averti en 2022 d'une « dépression stagflationniste » imminente en raison de l'inflation élevée, de la croissance lente et de l'endettement croissant. (Source : leadingauthorities.com)

Les tendances à la démondialisation ajoutent une couche de risque supplémentaire. Les tensions géopolitiques, en particulier la guerre en Ukraine et les différends commerciaux entre les États-Unis et la Chine, encouragent les pays à « relocaliser » leur production. Ils cherchent à construire des chaînes d’approvisionnement plus résilientes, mais souvent moins efficaces. Cette fragmentation peut augmenter les coûts et réduire les volumes du commerce mondial. Les rapports de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) font état d’un ralentissement de la croissance du commerce mondial par rapport aux décennies précédentes.

Ces forces structurelles – endettement élevé, démographie vieillissante et démondialisation – rendent l’économie mondiale plus fragile. Elles limitent les outils politiques disponibles pour faire face aux futurs ralentissements. Si un autre choc majeur survient, ces facteurs pourraient en aggraver les effets. Cela fait d’une contraction prolongée et sévère un risque réel, plus que lors des décennies précédentes. Les décideurs politiques doivent désormais gérer ces défis complexes et interdépendants.

FAQ

Q : Quelle est la différence entre une récession et une dépression ? R : Une récession est une baisse significative de l’activité économique qui dure plusieurs mois, généralement caractérisée par une croissance négative du PIB pendant deux trimestres consécutifs. Une dépression est un ralentissement beaucoup plus grave et prolongé. Le PIB chute de plus de 10 %, le chômage devient très élevé et elle peut durer plusieurs années.

Q : Avons-nous connu une dépression depuis les années 1930 ? R : Non, le monde n’a pas connu de dépression comparable à la Grande Dépression depuis les années 1930. La Grande Récession de 2008-2009 a été le pire ralentissement depuis lors. Mais elle n’a pas dégénéré en une dépression à part entière grâce à des interventions politiques agressives.

Q : Quels sont les principaux indicateurs que les économistes surveillent pour une dépression ? R : Les économistes surveillent les baisses soutenues et prononcées du PIB. Ils recherchent de fortes augmentations du chômage (souvent supérieures à 10-15 %), des baisses importantes de la production industrielle et une déflation généralisée. Ils vérifient également l’existence de graves crises de crédit et de nombreuses faillites d’entreprises.

Q : Les gouvernements peuvent-ils prévenir une dépression ? R : Les gouvernements et les banques centrales disposent de bien plus d’outils et de connaissances qu’à l’époque des années 1930. Ils utilisent la politique monétaire, tels que les baisses de taux d’intérêt et l’assouplissement quantitatif. Ils utilisent également la politique budgétaire, comme les dépenses publiques et les réductions d’impôts, pour stimuler l’économie et assurer la stabilité. Ces outils ont permis d’atténuer la crise de 2008 et le ralentissement provoqué par le COVID-19.

The Great Recession of 2008-2009 was the worst economic downturn since the 1930s, marked by soaring

La Grande Récession de 2008-2009 a été le pire ralentissement économique depuis les années 1930, marqué par un chômage en flèche et une crise du logement, mais des interventions politiques agressives l'ont empêchée de dégénérer en une dépression à part entière. (Illustration générée par IA)


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