Tourisme : 9,5 billions de dollars, l'envers du décor d'une industrie géante

Tourisme : 9,5 billions de dollars, l'envers du décor d'une industrie géante

Loin des brochures glacées, l'industrie du tourisme est un géant économique de 9,5 billions de dollars. Cette manne, qui soutient 330 millions d'emplois, cache pourtant de profonds problèmes et des impacts négatifs sur les destinations.


Les failles du tourisme : au-delà de la carte postale

Oubliez les brochures glacées. Le tourisme, un géant mondial de 9,5 billions de dollars en 2023, n’est pas seulement synonyme de soleil et d’échanges culturels. Il soutient plus de 330 millions d’emplois dans le monde, selon le WTTC. Pourtant, cette image attrayante cache de profonds problèmes. L’industrie touristique nuit souvent aux lieux qu’elle est censée enrichir.

Certes, le tourisme apporte de l’argent. Des destinations comme les Maldives dépendent presque entièrement des visiteurs internationaux. Mais cet argent a un coût. De mauvaises décisions en matière de développement et une croissance incontrôlée détériorent souvent les sites que les touristes viennent admirer.

Le coût réel d’une croissance sans limites

Beaucoup pensent que plus de touristes signifie toujours plus d’argent. Cette idée ignore la charge considérable que cela représente pour les ressources et les infrastructures locales. Prenons l’exemple de Venise, en Italie. Avant la pandémie, elle accueillait environ 25 millions de touristes chaque année. Sa population résidente, quant à elle, n’était plus que d’un peu plus de 50 000 habitants. Cela a créé une pression immense.

Venise a instauré un droit d’entrée de 5 € pour les excursionnistes en janvier 2024. Cette mesure vise à combattre directement le surtourisme. Le maire Luigi Brugnaro a déclaré que cette taxe avait pour but de réguler le flux de visiteurs, et non de générer des revenus. La maire de Barcelone, Ada Colau, a pris des mesures similaires en 2017. Elle a limité les nouvelles licences hôtelières pour faire face à l’augmentation des coûts du logement et éviter que les locations de courte durée ne chassent les habitants.

L’environnement souffre également. Un rapport de l’OMT de 2017 a montré comment le tourisme de masse met à rude épreuve les ressources en eau. Il pèse également sur les systèmes de gestion des déchets dans les destinations prisées. Par exemple, dans les îles Baléares en Espagne, le tourisme consomme environ 40 % de l’eau totale des îles. Cette consommation a lieu pendant la haute saison, selon une étude de 2018 de l’Université des îles Baléares. Cela nuit directement aux communautés locales.

L’argent qui s’échappe : pourquoi les habitants en pâtissent

Beaucoup pensent que le tourisme enrichit toujours les communautés locales. Ce n’est pas toujours vrai. Une grande partie de ce que les touristes dépensent « s’échappe » souvent de l’économie locale. L’OMT estime que les chaînes hôtelières, les compagnies aériennes et les voyagistes étrangers perçoivent jusqu’à 80 % des revenus du tourisme dans les pays en développement. Les habitants n’en voient qu’une infime partie.

Une étude de 2018 de l’Autorité du tourisme de Thaïlande a révélé l’ampleur des fuites financières hors du pays. Les chaînes hôtelières internationales renvoient une grande partie de leurs bénéfices dans leur pays d’origine. Cela réduit l’effet multiplicateur au sein de l’économie locale. Imaginez un touriste réservant un forfait tout compris. Il paie une compagnie aérienne étrangère, séjourne dans un complexe hôtelier étranger et mange des aliments importés. Les acteurs locaux ne bénéficient que marginalement de ces transactions.

Venice, Italy, a city of just over 50,000 residents, grappled with 25 million tourists annually befo

Venise, Italie, une ville d'un peu plus de 50 000 habitants, a dû faire face à 25 millions de touristes par an avant la pandémie, ce qui a entraîné une immense pression sur ses infrastructures. En réponse, la ville a introduit un droit d'entrée de 5 € pour les excursionnistes en janvier 2024 afin de gérer le flux de visiteurs. (Source : adventure.com)

Cette fuite d’argent crée des inégalités de revenus. Des emplois saisonniers et peu rémunérés caractérisent souvent le marché du travail local. L’OIT a signalé en 2022 que les emplois dans l’hôtellerie manquent fréquemment de protection sociale. Ils sont également souvent précaires. Les travailleurs des villes balnéaires mexicaines populaires, comme Cancún, sont souvent confrontés à des coûts de vie élevés. Leurs salaires couvrent à peine les besoins fondamentaux.

La culture à vendre : la perte d’authenticité

Il est agréable de penser que le tourisme favorise la compréhension culturelle. Mais la recherche constante d’expériences « authentiques » peut en fait transformer les cultures locales en marchandises. Elle les déforme. Les groupes autochtones sont particulièrement vulnérables. Les Maasai au Kenya et en Tanzanie, par exemple, dansent souvent pour les touristes. Ces spectacles génèrent des revenus, mais ils perdent parfois leur lien avec la vie quotidienne et leur signification spirituelle.

Le rapport de l’UNESCO de 2018 sur les sites du patrimoine mondial a mis en garde contre la « disneyfication ». Il s’agit de transformer des lieux culturellement importants en divertissements aseptisés. La place de la Vieille Ville de Prague, autrefois un centre local animé, sert désormais principalement les touristes. Les boutiques de souvenirs chassent les services locaux essentiels. Les habitants se sentent de plus en plus déconnectés de leur propre histoire.

Cette commercialisation altère la subtilité des traditions locales. Les visiteurs veulent souvent un aperçu rapide, plutôt qu’une connexion profonde. Cela transforme de riches pratiques culturelles en de simples occasions de prendre des photos. Lentement, le caractère unique d’un lieu disparaît. Une façade générique, adaptée aux touristes, prend sa place.

L’empreinte carbone cachée du voyage

Si le tourisme durable est loué pour sa capacité à réduire les dommages environnementaux, ces efforts locaux cachent souvent l’empreinte carbone massive des voyages mondiaux. Le transport aérien est un énorme problème. Une étude de 2018 publiée dans Nature Climate Change par Lenzen et al. a révélé un impact significatif. Le tourisme génère environ 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le transport aérien y contribue pour une grande part.

Le trafic aérien continue de croître, même avec les améliorations de la technologie aéronautique. L’IATA prévoit que le nombre de passagers pourrait atteindre 4 milliards d’ici 2024. Ce chiffre dépasse les niveaux d’avant la pandémie. Pour atteindre l’objectif de l’IATA de zéro émission nette pour l’aviation d’ici 2050, d’énormes investissements sont nécessaires. Cela exige des carburants d’aviation durables (SAF) et de nouvelles technologies. Ces solutions sont encore à leurs balbutiements.

Les dommages environnementaux ne se limitent pas au carbone. Les navires de croisière, par exemple, génèrent de grandes quantités de déchets et de pollution océanique. En 2019, les navires de croisière ont émis quatre fois plus d’oxydes de soufre (SOx) que toutes les voitures particulières d’Europe réunies. C’est ce qu’indique un rapport de 2022 de la Fédération européenne pour le transport et l’environnement (T&E). Ces émissions polluent les villes portuaires et nuisent à la vie marine.

The Maasai, an indigenous group in Kenya and Tanzania, often perform traditional dances for tourists

Les Maasai, un groupe autochtone du Kenya et de Tanzanie, exécutent souvent des danses traditionnelles pour les touristes. Bien que ces spectacles génèrent des revenus, ils risquent parfois de perdre leur signification spirituelle originale et leur lien avec la vie quotidienne, illustrant le problème de la « culture à vendre » dans le tourisme. (Source : dreamstime.com)

Comment construire un tourisme plus responsable

Nous avons besoin de règles solides et de meilleurs mécanismes de gestion de la demande. Le nouveau droit d’entrée de Venise, mis en place en avril 2024, vise à contrôler directement le nombre de visiteurs. La campagne « Stay Away » d’Amsterdam, lancée en mars 2023, cible les jeunes touristes masculins perturbateurs. Elle vise à créer un profil de visiteur plus respectueux. La politique du Bhoutan « Grande valeur, faible volume » est un exemple de longue date. Elle facture des frais de développement durable de 100 $ par nuit à la plupart des visiteurs. Cet argent soutient les services locaux et protège l’environnement. Ces mesures privilégient la qualité à la quantité.

Assurer des retombées directes aux communautés locales est également essentiel. Les programmes de tourisme communautaire le font. Par exemple, l’Organisation néerlandaise de développement SNV soutient de tels efforts au Vietnam et au Laos. Ces programmes garantissent que l’argent reste dans la communauté. Les habitants gèrent souvent des maisons d’hôtes, proposent des visites et vendent de l’artisanat. Cela réduit la fuite économique et développe un véritable esprit d’entreprise.

Nous devons promouvoir un véritable échange culturel, et non de simples spectacles à vendre. Cela signifie encourager le « voyage lent » et les expériences immersives. Les touristes qui passent plus de temps au même endroit, en immersion avec les habitants, aident davantage les entreprises locales. Ils comprennent également mieux la culture, dépassant les interactions superficielles. Soutenir directement les guides et artisans locaux, en contournant les grands voyagistes, assure une rémunération équitable.

De meilleures normes de travail dans l’ensemble de l’industrie sont indispensables. Des systèmes de certification comme Fair Trade Tourism, actif en Afrique du Sud, garantissent des salaires équitables, des conditions sûres et le développement communautaire. Les gouvernements doivent également appliquer les lois sur le salaire minimum. Ils devraient offrir des protections sociales aux travailleurs saisonniers. Cela aide à lutter contre la nature instable de nombreux emplois touristiques.

Enfin, décarboner les voyages nécessite d’importants investissements et de nouvelles idées. Les carburants d’aviation durables (SAF) sont essentiels pour les vols long-courriers. Ce ne sont pas une solution miracle, mais leur développement et leur utilisation à grande échelle sont impératifs. Les gouvernements et les compagnies aériennes doivent travailler ensemble. Pour les trajets plus courts, la promotion du transport ferroviaire est utile. Investir dans les transports publics électriques dans les destinations réduit également les émissions. Les voyageurs peuvent choisir des options à moindre impact et rester plus longtemps.

L’avenir du tourisme ne se résume pas à une croissance accrue. Il s’agit de prendre en compte l’ensemble de ses impacts. Nous devons construire une industrie résiliente, équitable et véritablement durable. Si nous ne le faisons pas, nous risquons de détruire les destinations mêmes que nous chérissons.

Bhutan is renowned for its 'High Value, Low Volume' tourism policy, which charges visitors a daily S

Le Bhoutan est réputé pour sa politique touristique « Grande valeur, faible volume », qui facture aux visiteurs des frais quotidiens de développement durable. Ces frais soutiennent les services locaux et protègent l'environnement, garantissant que le tourisme profite à la nation sans submerger sa culture ou sa beauté naturelle. (Illustration générée par IA)

FAQ

Qu’est-ce que le surtourisme ? Le surtourisme se produit lorsque trop de visiteurs submergent une destination. Il dépasse la capacité de ses infrastructures, de son environnement ou de sa communauté locale. Cela entraîne des problèmes tels que la congestion, l’épuisement des ressources et une détérioration de la qualité de vie des habitants.

Comment le tourisme contribue-t-il au changement climatique ? Le tourisme contribue largement au changement climatique par les émissions des transports, en particulier celles du transport aérien. Il consomme également de l’énergie pour les hôtels, génère des déchets et modifie l’utilisation des terres. Cela peut dégrader les puits de carbone naturels.

Qu’est-ce que la « fuite » dans l’économie du tourisme ? La fuite est l’argent dépensé par les touristes qui s’échappe de l’économie locale. Cela se produit souvent lorsque les touristes séjournent dans des hôtels appartenant à des étrangers. Ils peuvent également utiliser des voyagistes internationaux ou acheter des produits importés. Cela signifie qu’ils ne soutiennent pas directement les entreprises locales.

Le tourisme peut-il être vraiment durable ? Un tourisme véritablement durable s’efforce de réduire les impacts négatifs. Il vise également à maximiser les avantages pour les communautés locales et l’environnement. C’est un effort continu. Il nécessite une planification minutieuse, des politiques intelligentes et des choix conscients de la part de l’industrie et des voyageurs.

Air travel, particularly commercial airplanes, is a significant contributor to tourism's climate imp

Le transport aérien, en particulier les avions commerciaux, contribue de manière significative à l'impact climatique du tourisme, représentant une grande partie des émissions de transport de l'industrie. (Source : gettyimages.com)


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